1907, une révolte oubliée

La chute du Rédempteur


Fin de la crise : le bilan.

P a g e  p r é c é d e n t e

Marcelin Albert en minorité

Marcelin Albert arrive à Argeliers à 20 h, avec la bienveillante neutralité des policiers et des gendarmes qui sont toujours théoriquement à sa recherche. Il entre aussitôt en réunion avec le Comité n°2 pour faire part des propositions de Clemenceau. Échec : le Comité décide de continuer la lutte.
Le 25 juin, dans un dernier effort, Marcelin essaie en vain de retourner la foule en sa faveur. Mais les 3 000 ou 4 000 personnes présentes ne réagissent que mollement à son discours et sa proposition d'arrêt de la grève des maires est huée par la foule.
Marcelin Albert Il n'a plus qu'à avertir Clemenceau de l'échec de sa mission. Le 26 juin, il prend le train pour Montpellier et se rend à la prison pour y être incarcéré. Après la joie des retrouvailles avec les autres membres du Comité détenus, ceux-ci ne tardent pas non plus à lui reprocher sa mission auprès de Clemenceau. Le 12 juillet, les relations sont tellement mauvaises qu'il demande à être séparé de ses codétenus.
À l'extérieur, la réputation de Marcelin Albert est également en chute libre, tant au niveau des journaux que de la réaction des populations.

Politique des petits pas

Alors que les députés, les maires et le Comité n°2 demandent l'évacuation de l'armée pour cesser la révolte, Clemenceau, bien évidemment, demande l'inverse : rentrez dans la légalité et je retirerais les troupes ! Durant tout l'été, petit à petit, sans que chacun ne perde la face, retraits de troupes et réouvertures de mairies alterneront. La loi tant attendue est votée le 29 juin : elle institue une surtaxe de 40 F sur le sucre, la déclaration et la limitation du sucrage, la déclaration de récolte, le droit pour les syndicats viticoles de se porter partie civile dans les affaires de fraude. Le 15 juillet, une autre loi portera sur les déclarations et visas pour le transport des vins et alcools.

L'apaisement

Le 2 août, la situation s'est calmée et le gouvernement décide de libérer les prisonniers de Montpellier. Deux jours après, Ferroul et Marcelin Albert seront élus conseillers généraux. Mais Marcelin a le tort de faire part publiquement de ses reproches envers le maire de Narbonne. Celui-ci 'ne le loupe pas' dans un discours prononcé à Argeliers même et repris par toute la presse.
Le 25 août, la toute récente Confédération Générale des Vignerons du Midi nomme 'membres bienfaiteurs' tous les anciens détenus de Montpellier. Mais c'est à peine si on laisse la parole à Marcelin Albert.
Le 5 octobre, la chambre de mise en accusation renvoie 89 personnes devant la cour d'assise : les membres du Comité (dont bien sûr Marcelin Albert), quelques maires démissionnaires, des émeutiers de Béziers, Perpignan et Narbonne. Les animateurs du mouvement se pourvoient en cassation pour que leur procès soit différencié de celui des émeutiers ; le parquet se pourvoie également en cassation, pour motif de suspicion légitime envers les assises de l'Hérault.
En mars 1908, le Parlement votera une loi d'amnistie : ils n'auront même pas le droit à un procès !
Ainsi s'enlise finalement la tragédie de 1907 dans le Midi : par des demi-mesures, une demi-solution, un demi-apaisement ... Un arrière-goût d'inachevé !
D'autres crises ont eu lieu depuis les événements de 1907 : en 1922-1925, en 1935 et après la 2ème Guerre Mondiale. Le 4 mars 1976, à Montredon près de Narbonne, viticulteurs et forces de l'ordre échangent des coups de feu pour la première fois depuis 69 ans : 1 mort de chaque côté !

La vie après l'Apôtre

Le héros déchu de cette histoire a connu une triste fin. Marcelin Albert continue la lutte pour la viticulture, fait un grand voyage d'étude en Algérie en 1910 et continue à dénoncer la fraude. En 1920, ruiné, il ne survit que par une souscription des vignerons d'Algérie. Il meurt en 1921, à l'âge de 70 ans.
Sur sa tombe à Argeliers, trois plaques se souviennent : Défenseur de la viticulture, Apôtre de la viticulture et Rédempteur viticole.
L ' o r i g i n e  d e  l a  c r i s e
M a r c e l i n  A l b e r t ,  l e  m e n e u r
L e  M i d i  f a i t  m o n t e r  l a  t e n s i o n
L e  p a r o x y s m e  e t  l e  d r a m e
L ' É t a t  r e p r e n d  l a  m a i n
L a  c h u t e  d u  R é d e m p t e u r
C a r t e s  p o s t a l e s

Bibliographie :

Histoire de 1907 :
  » 1907 La grande révolte du Midi, Guy Bechtel, Robert Laffont, 1976.
Événements traités dans :
  » Montpellier naguère, Mireille Lacave, Payot, 1981.
  » Le Mouvement Ouvrier en Languedoc, Jean Sagnès, Privat, 1980.
  » L'Hérault de la Préhistoire à nos jours, Collectif, Bordessoules, 1993.
  » Droite et Gauche de 1789 à nos jours, Colloque de l'Université P. Valéry de Montpellier, 1975.
  » Ces grappes de ma vigne, Gaston Baissette, Julliard, 1975.
Roman :
  » Becagrun, Raoul Stephan, Albin Michel, 1935.
Roman sur la révolte viticole de 1976 :
  » Caminarèm, Claude Martì et Jean-Pierre Chabrol, Laffont, 1978.

Sites Internet :

Cartes postales de 1907 :
  » Alain Trinquier
  » Jean Tosti

Histoire :
  » Marseillan und die Revolte von 1907 (allemand)